Préface par  

Patrice Allanfranchini, historien d'art à Neuchâtel, professeur à la HEP-BEJUNE





Et Isabelle peint, pourrait-on dire en paraphrasant Brel ! Et elle peint depuis sa prime enfance, cherchant par ce média à extérioriser ses envies, ses émotions.

Cette volonté de reproduire par le dessin, la peinture… des sentiments, des images personnelles, l’a conduite à aller à la rencontre d’une maîtrise technique qui s’est affinée au gré du temps.

Aujourd’hui, ceci lui permet de jouer avec une gamme de couleurs restreintes et un langage particulier qui se rapprocherait au premier coup d’œil de l’art des aborigènes australiens. Et pourtant, cette comparaison ne résiste pas à une observation fine. Elle se révèle même fallacieuse.

En effet, les œuvres d’Isabelle sont prioritairement des histoires qui sont mises en scène par touches fines ; elles racontent des moments de vie, de rire, des surprises ; elles invitent le spectateur à dépasser la première impression pour entrer dans le tableau à la recherche d’un détail, d’une l’anecdote. Les titres significatifs suggèrent ce mode de faire. Ils sont des invitations à la cogitation ; des pieds de nez au deuxième degré.





Pour le spectateur, il s’instaure dès lors une sorte de dialogue entre la toile et le regard, accrochant ainsi des bribes d’images, amorces de suggestions, de représentations profondes enfouies au cœur du cerveau. Il y a aussi un aspect ludique qui pousse à accentuer l’observation comme pour chercher l’élément qui aurait échapper au premier coup d’œil. Il en résulte une sorte de pari avec soi-même afin d’être certain de n’avoir rien raté, d’avoir compris, saisi ce qui du reste est insaisissable.

Et puis le charme opère parce que la gamme chromatique utilisée, restreinte en apparence, accentue les oppositions entre les tons, les contrastes entre le chaud et le froid, - et seul l’argent appartient à ce dernier registre -. L’usage omniprésent du noir et du blanc sert de trame au discours ; il en définit le canevas sans que celui-ci ne se fige dans un modèle répétitif. Les couleurs de terre apportent une assise et un ancrage fort permettant dès lors tout une série de fioritures qui éclairent le tableau d’une kyrielle de touches lumineuses. La marque de la gaieté, de la joie, pourrait-on dire !

L’œuvre d’Isabelle est désormais un clin d’œil à la vie, à divers registres de vies, tout en humour et en finesse. Il n’en demeure pas moins qu’il subsiste dans ses toiles une part de gravité sans pour autant que le sérieux l’emporte sur la dérision. Cette dualité est une preuve de prise de distance, une sorte de position méta, entre une volonté de faire rire mais aussi de faire réfléchir. Une réflexion qui pousse à une certaine introspection, à une remise en question plus profonde que l’impact premier ne pourrait le laisser supposer. Ainsi la gratuité du geste n’existe pas ; au contraire celui-ci est toujours sous contrôle, sous tension même, montrant à l’envi qu’un tableau n’est en fait jamais le produit du pur hasard mais le résultat d’une volonté, d’un désir cérébral concrétisé par la dextérité de la main. Le pinceau n’est en fait que l’outil au service de l’idée.

En atteignant ce degré de maîtrise, Isabelle a réalisé un ensemble de peintures qui ne peuvent d’aucune manière laisser indifférent. En concrétisant cet objectif, Isabelle peut revendiquer pleinement le titre d’artiste peintre. Beaucoup de gens le revendiquent, peu le méritent !



Patrice Allanfranchini
Novembre 2006

4 commentaires:

le sauvagin a dit…

Bravo Isabelle, nous apprenons encore à mieux te découvrir. Tu peins comme tu rêves, comme tu nous intrigues, comme tu nous distrais, comme tu sembles si épanouie dans toutes tes oeuvres reflet de ta vie de mère, d'épouse et de partage avec tes amis.
Je suis bien heureux de te connaître.
Félicitations pour l'ouverture de ta galerie.

Marcel a dit…

Je m'absente quelques jours et il se passe une quantité d'évènement. Encore un peu et je rate le début de ce site.Notre ami de "La Sauvagine" m'enlève les mots de la bouche, ils reflètent exactement mes sentiments. Reçois toutes mes félicitations, je suivrai avec plaisir tes créations.

Agnès SHL a dit…

Bon, et bien cette fois j'ai un peu approfondi ma connaissance de ton travail.
Il était temps.
C'est formidable.
Tu vois, je rêve à une exposition qui verrait converser plusieurs artistes à travers leurs oeuvres avec les miennes.
Je crois que tes tableaux auraient des choses à dire à mes sculptures.
C'est très intéressant de voir l'évolution de ta peinture.
J'aime beaucoup, c'est fécond, foisonnant et en même temps très maîtrisé.
Plein d'idées.
Moi je commence à montrer en juillet au festival du lin en Haute-Normandie.
Je suis très intimidée à l'avance d'avoir à dire quoi que ce soit au sujet de ce que je fais.
Bravo Isabelle pour ta mythologie à toi, et à très bientôt sur la toile !

Isabelle a dit…

@ Agnès,
Merci pour ton message:-))
En effet, je verrais tout à fait tes oeuvres "converser" avec les miennes!
Qui sait, un jour on pourrait unir ces deux arts qui ont certainement des choses à se dire¨
oui, c'est pas simple de devoir parler de son art...les autres le font mieux et avec du recul!
En attendant, je te souhaite plein de bonnes choses pour cet événement!